« Un pays ne se déduit
pas de ses conditionnements non plus que de ses origines, puisqu’il
est création poursuivie d’un peuple par lui-même.
Mais à tout moment, sous notre regard, cette création
rassemble les étapes successives, les complexes rapports qu’implique
sa présence au monde. Il en est ainsi du Monde : continuité
venue du fond des âges, engagement dans l’actuel, interrogation
sur l’avenir ».
Jacques Berques Vous présenter simplement l’histoire
passée du pays mongol n’est pas ici notre propos. Nous
préférons nous attacher à sa « continuité
venue du fond des ages, son engagement dans l’actuel, et son
interrogation sur l’avenir ».
Continuité du fond des ages
En sus du PDF résumant les grandes lignes de l’histoire
mongole ci-dessous, nous vous invitons à consulter Paroles
de Voyageurs, notamment le passage de L’Empire
du Vent de l‘irlandais
; ainsi que la
bibliographie de la page Conseils
aux Voyageurs, pour approfondir
par vous-même la ou les périodes de votre choix.
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Engagement
dans l’actuel
D’un constat du journaliste-photographe français Patrick
Bard, Mongolie : Le Vertige Horizontal
« Depuis Guillaume
de Rubrouck, émissaire de Saint Louis à la cour des
Khans au 13e siècle de notre ère, des centaines de
voyageurs ont décrit cette impression de dilution, de vertige
horizontal ou d’infini dégagée par la Haute
Terre des Steppes.
Ce n’est qu’en arrivant à Oulan Bator que l’on
se rend compte que la Mongolie présente deux visages : un
de villes, et un de steppe.
En 1991, les Russes abandonnent le territoire, laissant pour héritage
l’alphabet cyrillique lié à une scolarisation
devenue obligatoire, la vodka, et quelques milliers de chômeurs
qui étaient jusque là au service de l’Etat communiste.
C’est l’euphorie ; les Mongols ne jurent que par un
retour aux sources, à leur mode de vie d’éleveurs
nomades perdus depuis trois générations. Oh, bien
sûr, ils n’avaient pas renoncé à cette
vie, mais le régime soviétique avait restructuré
tout ce secteur, organisant les nomades en coopérative spécialisée
sur un Museau et sur un territoire restreint (les Cinq Museaux mongols
sont le mouton, la chèvre, les bovidés, le cheval
et le chameau). Et développant les industries agro-alimentaires
et minières, qui coupèrent la moitié du pays
de leur mode de vie ancestral et valorisèrent comme richesses
primordiales le cachemire et les produits miniers.
Dès lors, on assiste à un massif retour à
la steppe, de tout temps dernier refuge et unique moyen de survie
de ce peuple. Mais la donne a changé : les éleveurs,
alors débutants, ne s’en sortent que difficilement,
manquant du savoir-faire de leurs aînés si nécessaire
pour s’occuper d’un troupeau. Le prix du cachemire pousse
toute cette génération à acheter plus de chèvre,
un animal qui, contrairement au mouton ou au cheval qui coupent
l’herbe, l’arrache, endommageant les pâturages
incapables de s’en remettre d’une année à
l’autre. S’ensuit l’apparition de maux propres
à ces nomades modernes : la désertification et le
surpâturage. Ces maux sont aggravés par une trop grande
concentration d’éleveurs autour des villes et villages,
maintenant habitués à de nouveaux besoins : scolarité
pour les enfants, services médicaux et vétérinaires,
facilités d’approvisionnement en produits de première
nécessité…
De plus, les dieux semblent se liguer contre eux : les deux années
consécutives 2000 et 2001 sont marquées par les plus
grands zud (ou catastrophes naturelles) que le pays ait jamais connu.
Etés chauds et arides (60% des puits à sec), interminables
hivers secs et glacials (jusqu’à -58°C !) auront
raisons d’un tiers du cheptel du pays, soit dix millions de
têtes de bétail mortes en moins de deux ans…
Les nombreuses familles d’éleveurs à qui il
ne reste rien ne voient pas d’autre alternative que de tenter
une vie meilleure en ville ; c’est l’exode rural vers
Oulan Bator, qui passe de 300 000 habitants en 1999 à 1 100
000 aujourd’hui. Les hordes de déshérités
arrivant chaque jour viennent grossirent les rangs des 40% de chômeurs
de la capitale, score élevé seulement concurrencé
par celui de l’alcoolisme (39%). Cette période évoque
des années de malheur que maintenant plus personne n’ose
évoquer, de peur de rappeler les esprits malins.
La Mongolie fait le choix du tourisme et se tourne résolument
vers l’avenir, comptant bien se faire une place dans le système
capitaliste mondial. Le nomadisme a le vent en poupe, attrait principal
pour les voyageurs étrangers. Mais comment ne pas perdre
son âme dans les « pollutions » si spécifiques
à l’industrie touristique de stéréotypes,
de folklorisation ou d’acculturation ?
L’Empire des Steppes est attaché à son identité
historique qu’il proclame haut et fort après 70 ans
d’oubli du nom de Gengis Khan. Le bouddhisme, également
interdit pendant cette période, renaît de ses cendres
malgré les terribles purges qui laisseront des plaies à
vifs dans les rangs de l’intelligentsia lamaïque locale.
Mais tout n’est pas que renouveau identitaire idyllique.
Car la Mongolie est un pays riche… Dans les principaux producteurs
d’or, de cuivre et de molybdène, et on parle même
de gisements de pétrole et de gaz encore inexploités.
Inexploité car le sol n’appartient techniquement à
personne. L’Etat s’en est récemment déclaré
l’unique propriétaire, et seules les villes et quelques
mines monstrueuses ont été privatisées. Mais
quel avenir, dans un pays où la moitié de la population
est éleveur nomade et vit sur ses propres ressources, si
l’Etat se laisse tenter par la privatisation des terres ?
La Mongolie semble souffrir aujourd’hui d’être
aussi vaste ; mais demain, la véritable richesse de la planète
ne sera-t-elle pas l’Espace ? »
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