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La Mongolie, libre, sauvage, au coeur des valeurs humaines [Retour accueil]
 
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À travers les écrits de voyageurs, écrivains, historiens et autres teneurs de plume, découvrons d’autres regards et d’autres appréhensions du territoire mongol.

Maurice Percheron, historien, lama bouddhiste, et spécialiste de l’Asie, nous conte le rude pays natal des hordes mongols.
Homeric, alias Frédéric Dion, journaliste et chroniqueur hippique, narre par les mots de Bo’ortchou la naissance légendaire du peuple mongol.
Stanley Stewart, écrivain -voyageur irlandais, évoque la grandeur passée des empires nomades et leur incertain devenir avec un khan qachga’i.
Ferdinand Ossendowski, intellectuel de terrain polonais en fuyant le peloton d’exécution bolchevique, nous fait partager à travers ses rencontres la spiritualité clairvoyante des nomades mongols.

 
Dr Maurice Percheron
Les Conquérants d’Asie
Payot, Paris, p 43/45
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Une vilaine engeance que ces nomades arrivés du fond des steppes de l’Asie Centrale. Qu’ils fussent de l’est ou de l’ouest, leurs voisins chinois, tokhares ou indiens n’en avaient jamais subis que malemort. Cependant, avant de parler d’eux et de leur passe, il convient de tracer une rapide esquisse de leur pays natal, la Mongolie.
Au sud de la foret sibérienne et au nord est de la Chine, partant de l’antique Bactriane pour buter a l’orient contre les monts de Mandchourie, s’étend sur quatre cents lieues une des plus anciennes terres formées, un plateau ovale qui monte insensiblement vers l’est pour atteindre mille mètres d’altitude. Pays ferme au milieu de montagnes déchiquetées ou les cols sont rares, ou le vent mugit dans les gorges, ou des rivières se glissent pour atteindre les grands fleuves sibériens ou mandchous: Ienisseï, Irtych et Amour. La Selenga naît dans le centre mongol pour aller se jeter dans le Baïkal, si grand qu’elle le prend pour une mer. Au milieu, une hamada pierreuse ou des dunes de sable que ratissent les tempêtes, ou encore une savane qui ne surgit d’un hiver terrible que pour être calcinée en quelques semaines par un soleil dévorant. A bout de souffle les rivières meurent dans les sables ou dans les lacs bordes d’efflorescences salines. Et que de montagnes dont les noms reviendront lorsqu’arrivera le moment de retracer l’histoire de Gengis Khan: Altaï, Tarbagatai, monts du Kentei ou coulent les rivières sacrées de l’Onon et de l’Orkhon…
Terre des vieux ages dont le climat est hostile a l’humain, riche seulement des plus anciens vestiges d’animaux et de végétaux de la préhistoire, cette matrice de tous les mammifères, une fois disparus les gigantesques dinosauriens, a vu courir des rhinocéros laineux de la taille d’un lièvre et des chevaux dont descendent probablement tous les étalons du monde. Terre ingrate ou, au sein du froid, de la chaleur, des tornades orageuses et des tempêtes de sable, l’homme parait ignore de la Nature et ou pourtant il s’est accroche. N’y pouvant trouver un sol nourricier, il a domestique moutons, bœufs et chevaux qu’il a de toujours menés, selon la saison, partout ou poussait de l’herbe.
Nulle part sans doute, l’homme n’a davantage combattu l’homme : pour manger il fallait s’assurer la possession des pâturages. Pendant des siècles, peut être des millénaires, des tribus se sont agglomérées ou affrontées. Pour être pasteur on devait être guerrier – et guerrier à cheval, distances et nature du relief ne se prêtant guère a la marche. La rudesse d’un climat, la faim et les combats ayant raison des moins résistants, les survivants se montraient d’une vigueur, d’une endurance et d’un courage exceptionnel. En cette matière les Huns furent longtemps supérieurs à tous leurs rivaux en audace mordante et aussi en nombre. Arrives a une maîtrise incomparable en l’art du combat et de la rapine, ils arrivaient comme le vent du fond des steppes, se déployaient en front allonge et encerclaient l’ennemi qu’ils massacraient jusqu’au dernier combattant. A quoi bon garder des bouches inutiles, des esclaves pour lesquels il n’y avait aucun travail servile ? Seul importait de posséder des troupeaux et de les mener paître en de libres pâturages.
 
Homeric
Le Loup Mongol
Le Livre de Poche, p 31
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Je suis un Mongol du clan des Aroulat. Les anciens disent qu’il est bon une fois dans sa vie de tuer un loup. Comme paralyse par la vision du tout premier de nos ancêtres, je n’avais pu lâcher mon trait, et repensant aux récits qui chantent la naissance des tribus mongoles, je m’en félicitais.
Venu du Ciel, il y eut un Loup Bleu. Sortie des ondes, il y eut une Biche Fauve.
C’est aux sources du fleuve Onon, dans les forets du Mont Céleste, qu’ils ont engendre les hommes. Copulant tels des démons, courant a travers la steppe, ils ont déposé leur semence dans les sous-bois, le lit des rivières, les herbes folles, sur les ronces et les fruits, laissant les oiseaux s’en abreuver, la disperser aux quatre vents.
Aux sources des trois rivières, le loup et la biche se sont aimes jour et nuit. Loup Bleu a sûrement hésité à dévorer sa maîtresse, mais devant sa robe fauve et ses yeux comme deux grands lacs, son amour l’emportait. C’est peut être cette alliance invraisemblable qui faut qu’aujourd‘hui nous, leurs fils, ne cessont de nous chamailler, de nous voler nos femmes et nos chevaux, quand nous ne nous entre-tuons pas. Cependant, il n’y a aucun doute, aux sources des trois rivières, Loup Bleu et Biche Fauve ont crée les Mongols bleus. Il suffit de soulever le feutre des yourtes qui, sur les steppes et parmi les clairières, font de petites lunes et des farandoles de fumée. A l’intérieur, on y voit les mêmes visages tannés, aux yeux farouches qui jamais ne se détournent. Ils mangent, ils boivent et font des fils comme des affames. Tels des loups ils chassent et tuent. Protégés par Tengri, ils n’ont peur de rien, ni de la faim, ni du froid, et l’ennemi, la mort ne peuvent les atteindre.
Mon loup du Lac Bleu n’avait pas redoute ma flèche, il ne m’avait pas non plus égorgé. Il savait mon sang comme le sien.
 
Stanley Stewart
L’Empire du vent
Collections Etonnants voyageurs, Hoebeke
p 10/14

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C’est en Iran, il y a vingt-cinq ans, que j’ai vu mes premiers nomades. (…)
Je n’avais jamais vu de gens aussi fascinants. Ils ne possédaient pas un pouce carre de terre, mais ils traversaient l a province de Fars comme s’il s’agissait de leur domaine prive, en route pour les défilés de montagne. Cheminant sous les palais de pierre de Persépolis, ils n’avaient pas conscience de l’attrait qu’ils représentaient.
Quelques semaines plus tard, nous nous enfonçâmes dans les montagnes autour d’Ardekan, ou Alexandre avait triomphe des dernières défenses des Achéménides aux portes de la Perse, en route vers le butin de choix qu’etait Persepolis. Dans ces étroites vallées, nous rendîmes visite a un chef qachga’i. C’était au mois de juin, le meilleur mois, celui ou l’herbe est succulente et les troupeaux bien gras.
« Les tentes nomades ont de grandes portes », lança le khan a notre arrivée, faisant allusion a l’hospitalité des Qachga’i. Depuis l’intérieur, trônant sur un enchevêtrement de superbes kilims et de traversins, nous contemplions, en contrebas, une pente pierreuse, ou le fils de notre hôte emmenait un troupeau de chèvres vers la ligne verte d’une rivière. Des sacs brodés, des coffres, des sacoches de selle, qui constituent le mobilier des nomades, étaient empilés au fond de la tente, le long de la paroi. Les filles du khan quittèrent leurs métiers à tisser, à l’autre bout, pour nous apporter des verres de thé et des narguilés.
Nous parlâmes politique, évoquant les pressions exercées par le gouvernement afin d’obliger les tribus à se sédentariser.
« C’est une chose qui a toujours existe, dit le khan. Les gens des villes, les gens des champs craignent de ne pas pouvoir nous contrôler. Ils nous considèrent comme des barbares. » Il sourit, sensible a l’ironie de la chose, lui qui était un hôte accueillant, aux manières élégantes, un homme qui pouvait retracer l’histoire de sa lignée sur trois siècles. « Ils veulent que nous nous installions quelque part. Ils veulent que nous prenions part a la vie des villes’.
La toile était gonflée de vent et la tente grinçait comme un navire. Les sacoches, accrochées aux poteaux, oscillaient.
« Jadis, les tribus étaient puissantes en Iran. Mais cette époque est révolue. Je ne sais ce que l’avenir réserve aux nomades. Mais je crains que nous ne soyons en train d’assister a la fin d’un mode de vie. » D’un geste, il désigna la vallée, comme si le paysage lui-même battait en retraite. « Cela fait des siècles que nous transhumons à travers ces montagnes. Nous sommes venus dans ces contrées a la suite de Gengis Khan. »
Les Qachga’i sont un vestige d’un des innombrables peuples nomades qui émigrèrent des grandes étendues d’herbe d’Asie Centrale. La civilisation de l’Iran était encline à l’épuisement et l’histoire persane fut façonnée par ces incursions nomades. Quand les dynasties s’affaiblissaient, quand l’art versait dans la décadence, quand les fonctionnaires devenaient corrompus et les aristocrates mous et couards, ils savaient que les barbares, leur fléau et leur salut tout à la fois, seraient bientôt la.
Ce schéma des cavaliers sauvages jaillissant des steppes, pour s’abattre sur leurs voisins plus sédentaires, se répéta dans l’Asie entière. Ils arrivaient sous une confondante diversité d’appellations : Cimmériens, Sarmates, Tokhariens, Xiongnu, connus en Occident sous le nm de Huns. La Russie ne se libera du joug « tartare » qu’au XVIIe siècle. En Inde, le grand Empire mongol fut fonde par un nomade barbare venu de l’autre cote de l’Oxus. En Chine, la Grande Muraille fut édifiée dans le vain espoir de parvenir à refouler les nomades.
Ce déferlement de la puissance nomade connut son apogée au XIIIe siècle, avec les Mongols. En l’espace d’une seule génération, pousses par l’autorité et le charisme de Gengis Khan, ils quittèrent les steppes de l’Asie Centrale, afin de bâtir le plus vaste empire que le monde ait jamais connu. Des mers de la Chine méridionale jusqu'à la Baltique, ils sortaient du cauchemar de tous les citadins pour se matérialiser sur le seuil de leurs portes. Brusquement, on eut l’impression que les Mongols étaient partout a la fois, menaçant de faire intrusion dans les bals viennois sans y voir été invites, ravissants les princesses de Perse, renversant les dynasties chinois, mettant a sac les temples birmans, incendiant la ville de Budapest, lançant diverses invasions du Japon par voie de mer. Il n’y avait pas jusqu'à la lointaine Angleterre ou ils ne fussent à la une de l’actualité. Matthew Paris, chroniqueur du XIIIe siècle, emboucha la trompette du jugement dernier : les Mongols arrivaient et la fin était proche. Des congrégations hystériques s’entassaient dans leur église paroissiale afin de prier Dieu de les délivrer de ce fléau.
Les traditions populaires des Qachga’i mettent l’accent sur le lien qui les rattache aux Mongols et a la grande figure de Gengis Khan, tous comme les chefs de village, dans des coins isoles du Pakistan septentrional, tiennent à vous faire savoir qu’ils descendent d’Alexandre le Grand.
« Les Mongols étaient une race de héros, déclara notre khan. Des nomades qui ont règne sur le monde. Et que sont ils devenus ? Ils ont disparu, comme tous les autres.
- Ils sont rentres chez eux, en Mongolie », dis je.
Le khan m’a adresse un regard interrogateur. L’idée ne lui était pas venue que, derrière cette aura légendaire, pouvaient se dissimuler un peuple et sa patrie, ancres dans la réalité.
« Ou est cette Mongolie ? demanda t’il, au bout d’un moment.
- De l’autre cote de la Chine.
- Vous y êtes allés ?
- Non. »
Dans l’air de ce début de soirée, les sifflets des bergers poussant les troupeaux en direction des tentes dérivaient vers nous comme des chants d’oiseaux, depuis les tentes opposées. Les femmes avaient quitte leurs métiers à tisser pour sortir traire les bêtes, armées de seaux et de peaux de chèvres.
« A quoi croyez vous que ressemble la Mongolie aujourd’hui ? demanda le khan.
- Ce sont toujours des nomades, dis-je. Ce n’est pas comme ici, ou la plupart des habitants sont des sédentaires. La Mongolie est une nation de nomades, la dernière d’Asie. »
 
Ferdynand Ossendowski
Bêtes, Hommes et Dieux / À travers la Mongolie interdite 1920-1921

Phebus libretto, p 265/266
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- Arrêtez ! murmura mon guide mongol un jour que nous traversions la plaine près de Tzagan Luk. Arrêtez !
Il se laissa glisser du haut de son chameau, qui s’était couche sans qu’il eut besoin de lui en donner l’ordre.
Le Mongol éleva ses mains devant son visage en un geste de prière et commença à psalmodier la phrase sacrée : Om ! Mani Padme Hung ! Les autres Mongols avaient eux aussi arrêté leurs chameaux et s’étaient mis à prier.
« Qu’est il arrive ? » me demandais je tout en contemplant autour de moi l’immensité de la plaine, couverte d’une belle herbe grasse et tendre, sous un ciel sans nuage dans lequel s’attardaient, rêveurs, les derniers rayons du soleil vespéral.
Les Mongols prièrent ainsi pendant un bon moment puis, après s’être murmure quelques paroles les uns aux autres, ils refirent les sangles de leurs chameaux, prêts à repartir.
- Avez-vous vu, me demanda le guide, comment nos chameaux remuaient les oreilles de frayeur, comme le troupeau de chevaux sur la plaine restait immobile et attentif, comme les moutons et le bétail se couchaient sur le sol ? Avez-vous remarqué que les oiseaux avaient cessé de voler, les marmottes de courir et les chiens d’aboyer ? L’air s’est mis à vibrer doucement, apportant de très loin la musique d’un chant qui pénétré dans le cœur des hommes, des bêtes et des oiseaux. La terre et le ciel ont retenu leur haleine ; le vent s’est arrêté de souffler ; le soleil a interrompu sa course. En un moment comme celui-ci, le loup qui s’approche des moutons à la dérobée fait halte dans sa marche sournoise ; le troupeau d’antilopes apeurées retient son élan éperdu ; le couteau du berger prêt a trancher la gorge du mouton lui tombe des mains ; l’hermine rapace laisse aller la perdrix salga. Tous les êtres vivants sont saisis par la peur. Une force qui les dépasse les pousse à la prière, Ils attendent leur destin. Cela vient de se produire : c’est le Roi du Monde, en son palais souterrain, qui prie et sonde la destinée des peuples de la terre.
Ainsi parla le vieux Mongol, simple berger et homme sans culture.
La Mongolie, avec ses montagnes dénudées et terribles, ses plaines infinies ou reposent, épars, les ossements des ancêtres, a donne naissance au mystère. Un mystère dont le peuple, qu’il soit pris dans le tumulte des orages qui secouent la nature ou plongé dans la léthargie d’un monde immobile sur lequel plane l’ombre de la mort, ressent a tout moment la profondeur (…).
Mais ce mystère d’entre les mystères a pour gardien le silence.
 
 
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